
Le logiciel libre apparaît comme l’antidote aux dogmes de tous genres car il est une philosophie non du discours mais des faits. Il est le premier exemple d’utopie quotidienne accomplie dans sa plénitude. Il se vit, s’utilise mais ne se débat pas. Un premier pas de la société pour renouer avec le pacte républicain semble résider dans les modalités d’accès et de manipulation de l’information qui s’affirme toujours davantage comme une richesse - immatérielle certes – mais jouant un rôle prépondérant dans notre vie de tous les jours. L’information trouve comme média universel Internet, se décline sous de multiples formats et se manipule via des programmes informatiques. Les citoyens devraient préférer l’utilisation de programmes et formats libres car ils leurs prodiguent la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.
Liberté : le citoyen a tout loisir d’utiliser les programmes de son choix, sans être enfermé dans le carcan de solutions commerciales imposé par diverses multinationales. S’il refuse d’utiliser les formats de donnée propriétaires, il lui devient possible de lire tout format standard sans contraintes et de profiter de la foison de logiciels libres émergeant de la saine émulation entre projets concurrents. Antithèse du modèle capitaliste libéral qui transforme les citoyens en consommateurs pour mieux les manipuler, le logiciel libre frappe les esprits de ceux qui reçoivent soudain un autre discours que celui prodigué par les médias, une partie de la classe politique ou la sacro-sainte Publicité et son corrolaire, la Télévision. En témoigne la difficulté d’appréhender la liberté qu’ont pu montrer de nombreuses personnes rencontrées lors de la fête de la science ( octobre 2002 ). Le premier réflexe est souvent de demander « ce que l’on vend » ou « quelle société produit le système d’exploitation GNU/Linux ». Ces réactions de la part de consommateurs non avertis et vierges de toute connaissance de GNU/Linux sont révélatrices du formatage des esprits dont les citoyens français sont victimes. Pourtant, la liberté ne se monnaye pas, le logiciel libre offre une véritable liberté d’accès à l’information.

Égalité : Les logiciels libres sont impérativement gratuits (bien que pouvant être vendus). Ceci ne supprime malheureusement pas le coût du matériel mais rend plus accessibles les technologies de l’information aux personnes disposant des plus faibles revenus. Les exemples récents d’offres très économiques à condition que le constructeur n’impose plus de lier (de façon illégale) la vente du matériel au système d’exploitation montre clairement la part importante du coût du logiciel dans les solutions commerciales. Libéré du coût, chaque citoyen est égal devant un logiciel libre. Il dispose en outre du support bénévole et égal de la part de la communauté qui le développe. On peut également constater l’égalité des individus devant l’éducation et les moyens de maîtrise des technologies : les étudiants par exemple sont à même de travailler à domicile sur des technologies figurant au programme éducatif sans contrainte de coût. L’install-party à l’université de Nantes (MIAGE) pour laquelle Linux-Nantes proposait une assistance le 16 nov 2002 en est une parfaite illustration.
Fraternité : Le quatrième commandement du logiciel libre, la liberté d’adapter un logiciel libre à ses besoins et de diffuser ses modifications permet la capitalisation du travail et la fraternité par le don. La communauté sera parvenu à créer un système pouvant sembler utopique mais fonctionnant parfaitement et présentant les caractéristiques d’un cercle vertueux. Le travail des uns sert de substrat au travail des autres et la quantité comme la qualité des programmes favorise l’implication croissante de passionnés et l’utilisation par les citoyens de ces solutions. De plus, l’entraide gratuite est pierre angulaire du logiciel libre : l’expérience montre que le support désintéressé de la communauté est de bien meilleure qualité que celui -payant- des sociétés privées.
En conclusion, le logiciel libre est un exemple de mouvement ayant réussi la gageure d’humaniser notre société. Il aura accompli dans l’ombre, sans discours ce que ni le modèle communiste ni le modèle capitaliste libéral n’auront réussi à atteindre. Le logiciel libre est apolitique : la preuve en est qu’il peut à la fois être qualifié de communisme de l’information (collectivisation des moyens de production et d’accès à l’information, abolition des fractures sociales dans la relation à cette information) et de capitalisme de l’information (recherche du profit non plus d’argent mais d’information et de programmes, libre concurrence de projets entre eux).